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Quintaine - Historique


Pour la fête patronale, communément appelée la vogue, qui a lieu le dernier dimanche de janvier, une des coutumes qui rend célèbre la commune de Saint Paul-en-Jarez dans le canton, est le TIR A LA QUINTAINE. Ce divertissement se déroule le lundi de la fête après le réveil en fanfare. Les acteurs en sont les conscrits du village. Depuis plus de cent ans, cette tradition attire beaucoup de monde; outre les habitants de la commune, de nombreuses personnes des bourgs environnants viennent y assister.

Qu'est-ce que la Quintaine ?

Pour répondre à cette question, nous emprunterons au livre de Stéphane BERTHOLON "HISTOIRE DE SAINT CHAMOND", quelques passages du chapitre intitulé "La vogue des dindes".
On nomme ainsi la vogue de Saint Paul-en-Jarez, laquelle tombe toujours le dernier dimanche de janvier, et qui se trouve de ce fait, la première de l'année dans notre région. En parler, sort de notre sujet "L'HISTOIRE DE SAINT CHAMOND", mais nous le faisons, pour signaler une vieille et bien vivace tradition, qui montre combien les erreurs populaires demeurent tenaces, envers et contre toutes vérités historiques. La vogue de Saint Paul est donnée pour la fête religieuse de la paroisse "Conversion de Saint Paul". Comme toutes les fêtes populaires, elle se compose de danses publiques et de divertissements forains, et comme à Saint Chamond, elle est le prétexte à de joyeuses réunions de famille et d'amis et à de pantagruéliques bombances; mais à tout cela, vient s'ajouter l'observation de vieilles coutumes très particulières et assurément très anciennes.
Ainsi, chaque famille, même les plus pauvres, doit obligatoirement manger son dinde dont on expose les plumes devant la porte de la maison, et ceux, qui par extraordinaire ne se seraient pas conformés à ce rite, vont chaparder ailleurs quelques plumes qu'ils mettent devant leur demeure, et la fête se déroule comme ailleurs.
Le lendemain a lieu le tir à la Quintaine, jeu destiné, paraît-il, à commémorer la légende de cette affreuse "Dame de Jarez" qui mangeait les petits enfants et qui, arrêtée et jugée, fut écartelée par quatre chevaux attachés à ses quatre membres, qui enlevèrent chacun un morceau, la tête et le tronc restant en cinquième lieu, ce qui justifie le nom de Quintaine.
Donc, on célèbre cela en démolissant bruyamment une espèce de petit château de bois, dans lequel se trouvent des boîtes de poudre de couleurs, dont les joueurs s'emparent et vont en barbouiller les assistants, au milieu des cris, des rires et de la bousculade générale. Autrefois, ce n'était pas simplement des poudres de couleur que contenait la boîte, mais bien des entrailles d'animaux, et peut-être même celles des dindes consommées la veille, dont les joueurs maculaient les assistants.
On comprend mieux encore la scène de l'écartèlement, c'était en petit le songe d'Athalie. Mais comment ce fait-il que la fameuse "Dame de Jarez", morte écartelée suivant les gens de Saint Paul, soit allée mourir, repentie dans une cellule de la Chartreuse de Sainte Croix; il faut croire qu'elle avait la vie dure.
Mais il faut croire aussi que la calomnie l'a plus dure encore, puisque les gens de Saint Paul, malgré toutes les affirmations historiques contraires, croient toujours mordicus à la Dame de Jarez dépecée en cinq morceaux.
Voici ce qu'écrivait vers 1925, cet auteur Saint Chamonais; ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'à notre époque personne ne croit plus à la véracité de cette légende; mais comme le tir à la Quintaine, à la mode à Saint Paul, est une tradition unique en France, il faut essayer de conserver ce folklore populaire, car comme l'écrit Bernard PLESSIS dans son livre "SAINT PAUL-EN-JAREZ, PAYS DE MON ENFANCE" : il serait criminel d'abandonner ces traditions.

A quelle époque remonte la Quintaine ?

Si on ne peut donner la date de la naissance du tir à la quintaine, des recherches dans la littérature locale du XIXème ont permis de découvrir qu'en 1841 cette coutume était déjà connue dans le pays. A.Couturier, dans La Revue du Lyonnais nous indique que celle-ci se déroulait le 25 janvier de chaque année, jour de la fête de la Conversion de Saint Paul, patron du village. Toute la population y participait et pas seulement les conscrits de l'année.

Les Sampoutaires d'origine, nés bien avant 1900, l'ont toujours connue, ainsi que leurs parents; mais ceux-ci avaient connu la bataille avec les entrailles d'animaux, remplacées plus tard par de la poudre de crayons fournie par l'usine "Chavanne-Marquise" installée à Saint Paul en 1872. On peut donc fixer le remplacement des entrailles par de la poudre aux environs de 1880.

Bref historique

Avant la guerre de 1914, le tir à la Quintaine avait lieu après les autres jeux habituels; il n'y avait point de discours, seul un vogueur faisait lecture, toujours la même, de la condamnation de la "Dame de Jarez", et l'on cassait la caisse; mais à cette époque, les habitants observaient de loin, car ceux qui se trouvaient autour recevaient eux aussi de la poudre.
C'est en 1921 que, sous l'impulsion de quelques Sampoutaires, fut instauré, avant le cassage de la caisse, la première narration humoristique concernant les exploits de quelques autochtones.
Au début, le texte était composé par une seule personne, mais bientôt, celui-ci fut rédigé par un groupe de dindons qui se baptisa "Comité de la Quintaine".
De 1940 à 1945, pas de vogue, donc pas de Quintaine.
En 1945, les jeunes gens de cette classe décidèrent de reprendre cette tradition; mais pour laisser le dernier dimanche de janvier 1946 aux conscrits de cette année là, ils programmèrent exceptionnellement la vogue le premier dimanche d'août 1945. Malgré l'absence des forains retenus ailleurs, cette fête, première de l'après-guerre fut une réussite.
Le comité essaya souvent d'améliorer le tir à la Quintaine.
En 1951, fut imprimer le premier programme comportant une chanson sur les jeunes de la classe, l'ordre des faits, et une chanson d'actualité "Chanson de l'eau". Ces imprimés eurent la faveur du public qui les achetait pour les garder en souvenir.
En 1962, apparurent les premiers dessins humoristiques représentant les faits ayant les honneurs du discours. Ces premières esquisses exécutées au fusain, furent exposées à "L'hôtel de Saint Paul" et eurent un vif succès. De 1963 à 1970, les croquis furent faits à la gouache et présentés au café "La plaine de Chalons".
En 1964, des envoyés de la télévision régionale vinrent à Saint Paul pour enregistrer le tir à la Quintaine. Mais comme ils n'arrivèrent qu'à 10h30, tout était terminé. Ils revinrent donc l'année suivante et le village eut les honneurs du petit écran.
C'est en 1965, qu'à la suite d'un pari, pour la première fois, une personne du sexe féminin participa au cassage de la Quintaine, et depuis, les conscrites se mêlent aux conscrits pour participer elles aussi à la bataille de la poudre.
En 1966 et 1967, le comité et les vogueurs réalisèrent des chars humoristiques concernant les évènements de l'année, et ce fut un triomphe. Malheureusement, cela ne fut pas reconduit les années suivantes.
En 1969, pour la première et unique fois, un étranger à la région, un vosgien, participa au tir à la Quintaine.
En 1971, les membres du comité s'étant retirés, le laïus de cette année fut consacré à une complainte sur les commerçants de SAINT PAUL et la poudre remplacée par des confettis. Ce fut un échec.
Depuis cette date, quelques dindons ont pris la relève du comité et rétabli le discours humoristique, qui, sans avoir l'éclat d'antan, continue à amuser les habitants du village.

Que contient le discours ?

Le texte fut lu pendant plusieurs années, par le même Sampoutaire, qui, de ce fait devenait une célébrité locale. Avant 1939 il y eut Michel M., auquel succéda E.D., plus connu sous le nom de "Nénesse". Après 1945, ce fut le plus souvent le "Léon" qui narra les aventures des dindons.
Tout d'abord, comme entrée en matière, une critique amusante sur la situation communale, élections, projets, réalisations. Puis ensuite étaient commentées les péripéties arrivées à certains Sampoutaires. Tout cela était arrangé, assaisonné à la sauce dindonne, de façon à amuser le public.
Pour rédiger le discours, les membres du comité se servaient du patois de la région, de mots d'argot, d'expressions populaires, sans chercher à observer scrupuleusement les règles de syntaxe, mais ils brocardaient gentiment de manière à faire rire leurs concitoyens.
Il faut être du village pour goûter au récit constituant les évènements de l'année. Les habitants des communes voisines apprécient le ton imagé du discours, mais souvent n'en connaissent pas les héros, et ne peuvent savourer pleinement cet humour.

Qu'en pensent ceux qui sont cités dans le discours ?

La plupart prennent la chose avec le sourire, d'autres, plutôt rares, font la grimace, mais finalement la surprise passée, rient eux aussi de leurs infortunes. Quelques uns, habitués à être les vedettes du discours, s'empressent de venir raconter aux membres du comité les aventures qui leur arrivent au cours de l'année. On peut même se demander s'ils ne provoquent pas les mésaventures dont ils sont les victimes, pour être dans le discours annuel de la Quintaine afin d'avoir leur quart d'heure de gloire, cher à Andy Warhol.

Déroulement du tir à la Quintaine

Le lundi de la vogue, vers 8h30, réveil en musique, drapeau en tête, accompagnés des musiciens, les vogueurs habillés de vêtements usagés font le tour du village. Puis ils vont chercher la Quintaine qui consiste en une caisse en bois représentant une tour, décorée de dessins ayant un rapport avec les évènements de l'année, contenant des paquets de poudre de toutes les couleurs. Après avoir fait un second tour de village avec la Quintaine portée par quatre d'entre eux, les vogueurs arrivent à l'endroit où doit avoir lieu le "cassage", emplacement qui se trouvait face à la tour du XVème siècle, mais qui fut changé vers 1975 pour être sur la place de Verdun. Ensuite se fut sur la place près du vieux puits du XVIIème siècle jusqu'en 1990. Aujourd'hui, cela se passe place du Suel.
Arrivés sur les lieux, la Quintaine est déposée, les vogueurs s'asseyant autour pour la photo souvenir et pour écouter le discours. Le lecteur de service, vêtu d'une redingote et coiffé d'un gibus ou d'un chapeau melon, un micro devant lui, commence à lire, souvent interrompu par les rires des nombreux spectateurs venus écouter les évènements de l'année écoulée.
Après chaque récit, les musiciens jouent un air en rapport avec le fait venant d'être relaté. Le discours fini, a lieu quelquefois un lâcher de pigeons. Puis les vogueurs se donnant la main, commencent une ronde effrénée autour de la Quintaine, aux sons d'une musique endiablée, pendant que les spectateurs s'écartent prudemment pour éviter les jets de poudre.
Tout à coup, à grands coups de pieds, les vogueurs brisent la caisse et se précipitent sur les paquets de poudre, se les jettent les uns aux autres. Aussitôt un nuage multicolore flotte dans l'air, pendant que les gens s'écartent un peu plus pour éviter les paquets égarés.
La bataille finie, les vogueurs tout mâchurés posent pour une dernière photo, et vont ensuite continuer les autres jeux. Ceux-ci se font devant chaque café du village. Si certains se perpétuent, comme le jeu des berthes, la course en sac, la course à l'oeuf, ou encore la course en brouette, certains ne sont plus pratiqués comme la course aux chevaux, la dernière ayant eu lieu en 1947, le jeu de la poêle, de l'oie, de la moutarde, et pour la gente féminine, le jeu du plus gros mollet.
En 1932, ce fut la seule année où pour le jeu des berthes, les concurrents chevauchaient un âne.
Lors de la Quintaine d'août 1945, eut lieu le jeu du baquet, jeu ne pouvant se pratiquer qu'à la bonne saison.

Parlons aussi de l'enterrement de la vogue, qui consistait pour les vogueurs, le lundi soir, drapeau et musique en tête, à défiler dans les rues du village et à chaque coin de rue, tous s'arrêtaient, se mettaient à genoux, et accompagnés par l'orchestre, chantaient "Adze donc la vogue".
En 1966, les jeunes de la vogue modifièrent cet enterrement. Ils fabriquèrent un mannequin qui représentait la "Dame de Jarez" et le promenèrent dans les rues du village, entouré des conscrits portant des torches, au son d'une musique funèbre. Arrivé à l'endroit prévu, le mannequin fut déchiqueté pour symboliser l'écartèlement de la "Dame de Jarez".
Ce rituel continue aujourd'hui, mais à la fin du défilé, le mannequin est parfois brûlé. Puis tout le monde se sépare, la vogue de l'année a vécu.



Sources :
  • La revue du Lyonnais (1841)
  • Historique de la Quintaine (livret de J.Charreyre et de l'O.M.S.C.L. de Saint Paul-en-Jarez, septembre 1989)
  • Histoire de Saint Chamond (Stéphane Bertholon)
  • Saint Paul-en-Jarez, pays de mon enfance (Bernard Plessis)



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