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Quintaine - 1963


Saint Paul-en-Jarez, petit village au pied du mont Pilat, est en pleine effervescence. Tous les habitants sont réunis ce lundi 28 janvier 1963, par un froid de moins quinze degrés, pour assister comme chaque année, à l'occasion de la fête patronale, à un spectacle unique en France, la Quintaine ! Cette coutume rappelle l'écartèlement de la maîtresse de cet ancien fief féodal. Quel délit avait-elle commis ? D'après la légende, bien ancrée dans les familles, cette femme était une ogresse, qui pour assouvir son appétit, mangeait quantité de petits enfants, et à la rigueur quelques cochons de lait. Devant ces crimes monstrueux, les bourgeois s'émurent, se saisirent de la châtelaine et la condamnèrent à être écartée par quatre chevaux à un carrefour du village. Et là, dans le feu de l'action, ils se jetèrent les entrailles de cette dame à la figure. Plus tard, ce furent les entrailles de dindes, ou d'autres animaux, que les habitants se servirent. Maintenant, par mesure d'hygiène, c'est de la poudre de crayon de toutes les couleurs, qui sert de munitions aux vogueurs, dans une bataille épique. Mais avant la bataille, et en remplacement de la lecture rituelle de la condamnation, c'est les faits les plus marquants, les plus humoristiques, les cancans du village de l'année écoulée, qui sont lus par le chef du Comité de la Quintaine. Mais attention ! Voici le défilé des vogueurs, entraîné par une musique un peu défaillante, vu la température glaciale.
Chut ! Ecoutez bien !



Premier Cataclysme

Chers citoyens, chères citoyennes, concitoyens, concitoyennes, enfin une année de plus sur les reins. Année fertile en évènements, si bouleversée par de terribles sursauts et de violents grincements de dents, à faire claqueter les râteliers de nos dindons et les langues de nos dindonnes. Notre village fut secoué par une épidémie électorale, qui fut prédite à ce micro une année en avance. Les cerveaux électroniques se mirent en action. Paraît-il que notre petit village délabré a le chic de faire rire les communes voisines. Ce n'est pas une erreur, c'est presque la vérité !

Des rires sonores se firent entendre au lointain,
Que se passe-t-il au village voisin ?
Est-ce l'écho des gamelles du charivari,
Où les flammes de ces petits feux interdits
Qui auraient brûlé les ailes des indispensables
Et irremplaçables édiles. Le vent électoral
Souffla si fort, qu'il ne ménagea pas la stabilité de nos chers disparus.
De Profondis !

Au premier tour de scrutin, ils étaient dix. Au second tour, ils étaient vingt. Miracle ! Les loups étaient dans la bergerie et les mécaniciens allaient changer les rouages grippés de la machine municipale. Malgré les cris et la critique sévère contre nos nouveaux élus, une lumière à faire pâlir Paris de tous ses lampions, allait jaillir. Adieu petites lumières jaunes et petits coins noirs, où dindons et dindonnes amoureux s'ébattaient en glougloussant. Fini les petites nouvelles matinales, grossies ou diminuées, le poste des cafurons est périmé, ou alors, nous recommandons aux langues venimeuses le port de lunettes fumées, car l'éclat des lampes à mercure vous empêcherait de faire des suppositions. Pardon ! De mettre des suppositoires dans le derrière à Arthur. Fini les petits décrets-lois qui interdisaient de péter où il ne fallait pas. Le charivari revivra, et carnaval.
Mais nous recommandons aux dindonneaux de ne pas dépasser les heures qui seront prescrites à cette époque. Seuls, après l'heure seront autorisés les claquements de chewing-gum et les casseurs de coton.
Nous allons vous dévoiler un secret :
en attendant le tapis roulant de Saint Paul à La Bachasse, nous allons avoir un trottoir qui sera apprécié par les piétons. D'autant plus que seuls les culs-de-jatte seront autorisés à circuler dans leur caisse à savon.
Pour d'autres secrets et projets, attendons l'année prochaine. Dans le tson, ou n'y a ï que de cuèves en jenailles, mais iour au n'y a de balais Brosses, o Fara bon !
Et maintenant, passons à des choses vécues par certains artistes reproduisant des numéros inédits de la piste aux étoiles de Saint Paul-en-Jarez.



Deuxième Catastrophe

La marine et le génie, ou le génie d'un gars de la marine

Le samedi soir avant la vogue de 1962, deux dindons, affairés autour d'une table d'estaminet, discutaient fort devant une série de bouteilles de sirop de bois tordu. Le sujet de la discussion était à savoir qui casserait cette petite guitoune que l'on présente chaque année devant vous. Cinq mille francs étaient l'enjeu, et nos compères étaient bien d'accord.
- "Lundi !" dit le type du génie.
- "Et à huit heures sans faute !" gargouille le gars de la marine.
Après une bonne poignée de mains et une autre chopine, nos deux parieurs partirent dans les bras de Morphée.Quarante huit heures après, le grand matin arriva. Le gars de la marine présent, avec un béret Louis XI et le pompon était de la veille. De l'autre, aucune trace. Le génie avait fait le pont. Pour la marine, ce fut le baptême de la poudre, avec comme résultat, un quintet bouché, dix grammes de collyre et les cinq mille francs à la Saint Glin-Glin!


Conseil

Si Paris valait une messe,
Un pari vaut bien une Quintaine !


Musique : Les gars de la marine



Troisième Cataplasme

Belote, rebelote et calottes

Après un séjour en commun à l'hôpital, deux copains se retrouvèrent à une partie de cartes. La partie était des plus acharnées. Des doigts collants retenaient des pions de dix ou de cinquante. Ceci n'était rien ! Le plus fort de la partie fut de couper le quatorze de trèfle par un sept de carreau. Des joueurs en fièvre de jeu, des insultes fusèrent. Une main nerveuse s'abattit sur la joue gauche de l'un des deux et les lunettes voltigèrent au milieu du tapis. Le combat ne dura pas. Avec une aisance particulière, un pied Michelin démuni de chaussettes, arrivait sur les fesses de l'adversaire avec une précision de rémouleur. Le combat fut stoppé par un arbitre de passage. Pas de bobos ! Les deux compères se mirent d'accord devant un pot, et ce fut dans des larmes à noyer un poisson rouge, que l'un des acolytes reconnu son erreur.


Définition

Si le trèfle vous donne de l'argent,
Le cœur donne l'amour,
Le pique donne bien souvent
Le carreau qui arrive à son tour !


Musique : Tzi ma taloche



Quatrième cacaphonie

Le tiercé imprévu et distribution de prix

Par un dimanche soir, ayant fêté copieusement Bacchus, et voulant imiter les chevaux du tiercé, trois amis se rendaient d'un petit trot chancelant à la piste de la Grande Fontaine. Le box de l'un d'eux était proche, et celui-ci s'élança dans un galop triomphal, mais la ligne d'arrivée fut franchie avec un léger incident. La douce patronne du cheval Rigotton l'attendait de pied ferme. Etendant ses bras, style Rigoulot, des applaudissements sur ses tendres naseaux firent frémir les deux autres. La piste était tellement glissante, que notre souffle-bock grand favori, se retrouva les quatre fers en l'air. Pas de doute, le pur-sang, de vin, avait été drogué. Une main vigoureuse l'empoignant par la bride qui soutenait ses bénards, lui fit mesurer la surface corrigée, à la façon d'un aspirateur nouveau modèle. C'était la mort du petit cheval. Les deux autres compères, qui auraient préféré les œillères des chevaux d'enterrement, burent le coup de l'étrier et s'en allèrent en trottinant, pour éviter les ruades d'une pouliche énervée.


Conclusion

Dans le monde entier, on admire la Joconde.
Jeunes qui désirez vous marier
Et avoir la paix dans votre foyer,
Cherchez une douce colombe
Dans le quartier de La Grand'Combe !


Musique : Vole colombe


Cinquième Cha-cha-cha

Le matou, le chien et le paysan

Maître greffier, sur un noyer perché,
Faisait bronzer ses puces sous un soleil ardent,
Donnant envie aux nombreux jardiniers
De se coucher et d'en faire autant.
Soudain, un homme grand et fort,
Ombragé d'un vieux chapeau,
Armé d'un aiguillon et suivi d'un cabot,
Vit le matou qui ronronne et qui dort.
D'un coup de bâton bien placé,
Raminagrobis fut déséquilibré,
A la grande surprise d'un vaillant jardinier
Qui de loin se mit à le réprimander.
Le chien, excité par la voix de son maître
Bondit, et d'un seul coup de dent
Casse les reins à la pauvre bête
Qui ne demandait qu'à vivre loin des méchants.


Jugement

Si le pelage du chat était noir,
La bavette du juge était blanche.
Laissez donc les chats dans les branches
Si vous ne voulez pas sortir les liards du tiroir !


Musique : le cha-cha-cha



Sixième Casse-tif

Enterrement d'une vie de chien (1ère classe)

De bon matin, un grand cri retentit dans le village. Miss Saint Paul venait de mourir, victime d'une éponge au jus de pomme, d'un bifteck assaisonné ou d'un autre malaise. Ce fut l'apothéose ! Le patron larmoyant, commanda le char funèbre. Quelques heures plus tard, arriva Jim les gros bras, le préposé croque-mort, le béret à la main, s'inclinant devant la dépouille mortelle de cette chère Miss. Une minute de silence fut respectée quand on mit la Miss sur le char, les quatre pattes en l'air et la langue pendante. Dans un grincement de roues mal graissées, le convoi s'ébranla en direction du cimetière des chiens. Une seule personne suivait, un bouquet sur le cœur, une larme à l'œil et la canne à la main. Sur le parcours funèbre, tous les toutous levaient la patte en signe de deuil. Seul dans son coin, un chien claqueteux et picarleux ferma le seul œil qui lui restait, pour ne plus revoir cette amie d'enfance qui lui avait volé des os malgré son état grassouillet.
En arrivant devant la fosse, le patron fit son éloge funèbre :
- "Adieu, ma Miss adorée ! Tu iras rejoindre dans les cieux ton Wolf, ton Mickey, ton Youki ! Que le paradis des cabots te soit ouvert, après cette vie de chien !".


Testament

Pauvre Miss ! Tu ne méritais pas ce sort !
Méchants sont les hommes qui t'ont donné la mort,
Car sans toi et ton bon cœur,
Ton patron aurait souvent couché dehors !


Musique : marche funèbre de Chopin



Septième Casse-gueule

L'artiste travaille sans filet

La mort du gros cochon fut brève. Mais les saucisses et les saucissons furent récalcitrants. Une aventure peu banale arriva à un de nos dindons.
Sept mètres de saucisses furent attachées sans incident, mais pour les saucissons, il fallut s'organiser. Montage d'un échafaudage pour permettre de les fixer à la poutre maîtresse de la maison. Une petite chaise boiteuse sur une table glissante furent les deux éléments de notre ingénieux acrobate. D'un petit saut guilleret, les deux mains embarrassées par un énorme saucisson, il se hissa sur cet échafaudage de fortune. Mais par un hasard malencontreux, un bout de gras vicieux fit trébucher ce petit malchanceux. La chute fut terrible. La poutre était très haute et le plancher très bas. Tout ceci se passa sous l'œil malicieux de la tête de cochon, qui n'avait pas fini de mourir. Diagnostic : un poignet cassé par ce tour de cochon !


Moralité

Jésus a toujours sauvé les hommes,
Mais pour une fois, ce petit homme à sauvé le jésus !


Musique : c'était un porte-bonheur



Huitième Cache-cache et macache

Les souliers neufs n'ont pas besoin de brosse à dents

Rien ne sert de courir, il faut apporter ses achats à point. C'est une aventure d'un brave citadin, qui, pressé et marchant sur la France, voulut faire l'achat d'une paire de souliers dans une commune voisine. Après un essayage éclair, il revint vers son logis. Mais en cours de route, il réfléchit. Au juste, souliers craquants s'arrosent ! Et d'un pas souple, il alla se rafraîchir le gorgeron vite fait. En arrivant chez lui, il déposa précieusement la boîte sur la table.
- "Papa, qu'as tu acheté ?"
- "C'est une paire de souliers qu'aucun chat n'a botté !"
La boîte ouverte, oh surprise !
- "Le commerçant m'a roulé ! En guise de neuf, j'ai des souliers percés !"
Rebondissant dans sa voiture, il repartit vers son fournisseur. Interrogé, le commerçant répondit :
- "C'est bien la boîte de vos souliers !"
- "Est-ce une farce ?" pensa notre dindon. "J'y suis ! C'est ce coquin de garde qui m'a joué !"
Tout est bien qui finit bien. Et devant maints pots, il s'arrangea avec l'auteur du larcin.


Recommandation

Si parfois vous faites l'emplette
De souliers de cuir ou de crêpe,
Méfiez-vous de celui qui vous guette,
C'est peut-être le garde-champêtre !

Musique : les petits chaussons



Neuvième et dernier cassoulet

Bouchée à la rainette ou bœuf sauté sauce grenouille

Par un soir où les étoiles faisaient défaut pour histoire commerciale, notre brave rondelet s'en allait vers un hameau voisin, où l'eau fait défaut et le vin rare. Après quelques palabres avec nos braves campagnards, il décida de rejoindre sa voiture à quelques pas de là. Pour gagner du temps, et prenant le chemin le plus court, il fut trompé par l'obscurité. Un grand cri retentit :
- "Au secours ! Je m'enfonce !"
Des paysans accoururent. Ils demandèrent :
- "Où êtes-vous ?"
- "J'en ai jusqu'au cou, on dirait du saindoux !"
Des mains nerveuses le tirèrent de cette boutasse où les crapauds sont rois, mais rondelet était dans un état déplorable.
- "Comment vais-je rentrer dans mes pénates ?" dit-il.
- "Qu'à cela ne tienne !" dit le fils de la maison. "Je vais vous prêter un pantalon !"
L'échange fut rapide, mais a-t-on vu quelquefois Laurel prêter son pantalon à Hardy. Si les jambes du pantalon étaient à la mode, le tour de taille n'était pas conforme. Un mètre de ficelle à lieuse fut nécessaire pour joindre les deux bouts. Comme il se dit chez nous, quand il y a un mort à la maison, on laisse la porte ouverte !


Amuse-gueule

Les ciseaux voltigent dans les branches,
Les grenouilles sautent dans l'eau !
D'un boucher de cent kilos
Nous… on s'en paye une tranche !


Musique : qu'il était beau le complet gris


Le texte qui suit est un poème écrit autour du thème principal de la Quintaine 1963 qui faisait état des différentes promesses électorales de la nouvelle équipe municipale. Ce poème n'était pas lu lors du discours, mais était imprimé sur le programme distribué lors de l'évènement.

RÉALITÉS ET SONGES


I

Un soir dans mon lit, je pense...
A Saint Paul, le pays de mon enfance,
Sur lequel mon coeur s'attendrit,
Sur ses rues, ses maisons, qui ne sont que vieiileries.

II

Ses taudis lépreux, aux égouts débordants,
Ses rues défoncées aux caniveaux absents,
Ses impasses aux relants infects
A qui l'on a mis des surnoms incorrects.

III

La réalité à mes yeux parut bien amère.
Les rues et les bâtiments n'étaient pas le seul critère :
Voilà le principal : "On a toujours bien vécu comme ça".
Et le mal naissait de ces paroles là.

IV

Puis soudain je m'endormis.
Un rêve bleu s'empara de mon esprit.
Je vis Saint Paul, un village doré
Aux maisons neuves, aux passages basaltés.

V

Je voyais des avenues rectilignes,
Des H.L.M. avec des ouvertures dignes,
Un jardin pour enfants, un vrai terrain de sport,
Une maison des jeunes pour éduquer les terreurs.

VI

Et le rêve suivait son chemin.
J'aperçus des nouveaux rempacer les anciens.
Les oppresseurs disparaître à leur tour.
Les coutumes virent de de nouveau le jour.

VII

Que de lumière, que de fleurs !
La raison faisait place à l'horreur.
Et les dindons avaient l'oeil émerveillé
Pour toutes les splendeurs qui mènent à la liberté.


Sources :
  • Manuscrits originaux de la Quintaine de 1963
  • Edition du programme de la Quintaine de 1963


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