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Quintaine - 1965


Chers Jaréziens, chères Jaréziennes et Dindons apprivoisés,

Aujourd'hui premier février 1965, le Comité est content de vous voir si nombreux, malgré un cimetière tout neuf qui aurait pu tenter nos chers concitoyens d'aller s'y reposer avant leur tour. Adieu petit créton qui a fait tant couler d'encre lors des élections passées !
Pour éviter les slaloms dans une certaine rue, un stationnement latéral a été rendu obligatoire, ce qui fait grincer des dents et crisper des poings à quelques citoyens. A ces râleurs, nous leur disons :
- "Si obéir vous met en rage,
Louez donc un garage !"
Pour nous piétons, notre sort va s'améliorer, car le fameux trotoir Saint Paul-La Bachasse va devenir réalité. Tout vient à point qui sait attendre. Les habitants de La Bachasse qui prendront la route de la capitale pourront retrouver leur chemin même dans un état de décomposition avancé ! Ils auront le trottoir pour les guider !
Quant aux HLM, ce sera pour demain, malgré la main coupée de Giscard d'Estaing.
Pour continuer avec les évènements passés, rappelz-vous la reconstitution du cassage de la quintaine 1964, où beaucoup de nos dindons et dindonnettes s'en donnaient à coeur joie pour paraître sur le petit écran, sans se soucier des frais de dégraissage. Aussi cette année, nous les invitons à vêtir de suite la tenue de rigueur pour donner la main à nos vogueurs à foutre un coup de pied à la vraie quintaine !
Au Bessy, cette année dernière, la récolte des pelosses fut sauvée par nos dévoués sapeurs, et suivant le plan ORSEC, une manoeuvre surprise a surpris tous les dindons curieux qui se sont déplacés pour aller voir un incendie imaginaire.
Pour la société de clairons, pas de chance ! Au retour d'un concours, elle fut reçue à bras ouverts, la queue de billard remplaçant le Pommard, par un tenancier qui leur réserva le meilleur accueil, sans tambours ni trompettes. Mais tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espérance !
Vous avez remarqué que plusieurs fléaux sévissent chez nos patrons d'estaminets. Primo : la maladie du sommeil. La mouce tsé-tsé est sans doute passée par là !
Deuzio : une épidémie d'augmentations. Si la vogue de l'année dernière avait duré comme à Perrache, on aurait payé le pinard plus cher que le grenache !
Pour les visiteurs, nous leur recommandons de se munis après huit heures du soir de flacons d'antésite ou d'alcool de menthe pour se rafraîchir le corgnolot.

Et maintenant, chers dindons, écoutez les histoires choisies parmi celles qui se sont produites au cours de l'année. Et il y en a eu ! Des marrantes, des vertes, des mûres ! Et d'autres à faire pleurer les belles-mères du canton ! Alors, tendez bien vos esgourdes !


Première friction

La bataille du drapeau

Ne pas laisser tomber le drapeau dans les mains ennemies, et même amies, c'était sans doute la devise de deux anciens guerriers qui se disputaient le droit de porter le drapeau à l'occasion d'un défilé patriotique. Etait-ce vraiment pour l'honneur du port du drapeau ou bien pour les quelques pots qui récompensent généralement le porteur à la fin de chaque cérémonie ? Mousieur Boeuf et Monsieur L'Ecureuil se tiranchaient l'emblême avec la vigueur de jeunes combattants de soixante-quinze ans, devant les yeux effarés de l'aubergiste qui, tant bien que mal, essayait de parer les moulinets savants qui menaçaient ses vitrines et ses clients.
- "Matru pagaillou !" dit Boeuf, "avec mon ancienneté et mes galons, c'est à moi de porter le fanion !"
- "Sacré mi-emarde !", répondit l'Ecureuil, 'Où as-tu gagné tes galons ? Et ton ancienneté, où l'as-tu prise ? Pendant que j'étais au front, tu travaillais aux produits chimiques. Tu n'as que le droit de porter le fanion du Péage de Roussillon !"
Un craquement retentit.Rassurez-vous, braves dindons, ce n'était pas les rideaux du café de la plaine de Châlon qui se déchiraient, mais c'est l'emblême glorieux qui venait de se briser en deux. Enfin Monsieur Boeuf eut la loi et garda le drapeau dans les doigts. L'ayant tant bien que mal rafistolé, il alla au défilé. Pour lui, ce fut le dernier, car de porteur il fut radié. Et d'un air convaincu il s'écria :
- "On était bien cons de se battre entre poilus !".

Conclusion

Que vous soyez vainqueurs ou vaincus,
Messieurs, un peu de pudeur !
Respectez nos trois couleurs !

Musique : V'la les poilus



Deuxième dépuratif

Nettoyage du cabinet

Ayant décidé de moderniser
Le WC d'un de nos cantonniers,
La municipalité chercha un volontaire
pour nettoyer le pipi des fonctionnaires.
Un beau matin, pour faire ce turbin,
Se présente, une pelle à la main,
Un petit homme nerveux, la mine réjouie,
Courageux à l'ouvrage, jamais flappi.
Chaussé de grandes bottes,
Petit homme s'enfonça dans le mou.
Il en avait jusqu'aux genoux,
Lorsqu'il s'aperçut, le petit imprudent,
Que le bas de ses pantalons trempait dedans.
Car il avait oublié
Dans ses botees de le rentrer !
Le chauffeur de la pelleteuse attendait impatient,
De s'en aller de ce coin malodorant.
Car le parfum qui montait à ses narines
Lui remuait déjà toute la poitrine.
Lorsqu'il aperçut tout à coup
Petit Flappi sortant du trou,
Les culottes graisseues, pleine de chose,
Répandant une odeur de rose.
Pour notre conducteur il n'en fallait pas tant.
Et dans un arheu savant,
Voilà que notre agent voyer
Renvoya ce qu'il venait de manger.
Cramponnant le pneu Michelin,
Il fit dégorger ses intestins.
- "Adieu saucisson, petite rigotte de Chuyer !
C'est la première fois que je dégueule en respirant le muguet !"
S'écriait le chauffeur encore chancelant
Tandis que petit homme s'en allait tout content.
Ecoutez tous ce conseil :
Pour faire certains travaux,
Il vaut mieux ouvrir ses oreilles
Et bien fermer ses naseaux !

Musique : La soupe



Troisième purge

Le Popol, la mama, et le rarat

Cette nuit-là, tout sommeillait au hameau de La Bruyère. Popol dormait à côté de sa mama du sommeil du juste, laissant échapper un ronron musical qui incita un rarat nouvelle vague à danser un twist endiablé sur l'édredon. La mama, réveillée en sursaut par ce piétinement inhabituel, poussa un cri d'effroi. Chaussant ses bootes, la chemise au vent, Popol pourchassa l'animal par la pièce, tandis que la maman pétrifiée d'horreur, encourageait de la voix ce chasseur intrépide. Après deux ou trois tours de chambre, notre Tartarin ventru se retrouva dans la cour glissante. S'armant d'un gourdin, il continua la poursuite. Mais trotte-menu, levant la queue, disparut dans un trou de mur. Soufflant, suant, geignant, il regagna la chambre, trouvant la mama toujours figée, dans la position d'une déesse de l'Antiquité.
- "Je n'ai pas pu l'attraper !" dit Popol, "pour ce soir c'est fini ! Je monte au lit car j'en ai marre !"
- "Oh! Mon papa !" s'écria la mama, "Que tu étais magnifique ! J'aimerais te voir tous les soirs faire le chachat pour chasser le rarat du plumard !"

Suggestion

Pour chasser les souris
Popol, un gourdin n'est plus de mode !
Les grains empoisonnés, c'est plus commode,
Et tu dormirais en paix la nuit !

Musique : Le petit rat



Quatrième lavement

Les cancans du Grand Camp

 Ce jour-là, d'un petit pas souple, Monsieur Triste s'en allait vers sa propriété. Arrivé à la boutasse du Grand Camp, il vit un homme robuste hérissant des barbelés sous les yeux de Monsieur Fenêtre qui dirigeait les opérations. Etonné, Monsieur Triste demande :
- "Que faites-vous là ? Est-ce une ligne Maginot pour protéger grenouilles et crapauds ?"
- "Si je dresse cette barrière" répondit Monsieur Fenêtre, "c'est que j'en ai le droit, parce que je suis chez moi !"
- "Très bien !" dit Monsieur Triste en se grattant le caillou, "Mais avez-vous prévu un portillon, que je puisse remplir cruches et bidons ?"
Un craquement se fit entendre, et, telle une sirène écartant les roseaux, Madame Fenêtre apparut dans une tenue estivale, coiffée d'un grand chapeau et armée d'un rateau. D'une voix mielleuse elle s'écria :
- "De porte, il n'y en aura point !"
Devant cette vision inattendue, tout ému en voyant cette poitrine aussi garnie qu'une vitrine des Galeries Barbès, rabattant sa casquette sur ses yeux curieux, Monsieur Triste murmura :
- "Oh ! Miracle ! Est-ce vous sortant de l'onde ou Brigitte Bardot venue jusqu'à cette boutasse de crapauds ?"
Tout ébloui, reprenant ses esprits, Monsieur Triste, tout Gay, reprit le chemin du retour à contre-coeur et alla raconter son aventure aux propriétaires voisins.
Quelques jours plus tard, l'huissier mis en demeure Monsieur Fenêtre de démolir son rideau de fer.

Jugement

Il faut bien connaître la loi
Avant de se mettre chez soi.
Si vous avez affaire à l'huissier
Bien souvent vous pourrez déchanter !

Musique : Vénus



Cinquième fortifiant

Le chien parachutiste

En l'an de grâce 1964, il existait un petit toutou, un amour d'enfant chien, qui suivait toujours son maître Pèpère le chasseur, qui aimait et cajolait cet enfant de la race canine. Il faut vous dire que Finette, c'était son nom, n'était pas un de ces chiens-chiens à sa mèmère, mais une élève pisteuse de lièvres et de lapins. Elle avait de l'oreille, l'oeil vif, le nez fin et la queue frétillante. Le maître ne tarissait pas d'éloges sur son élève qui allait l'an prochain lui faire abattre des montagnes de lapereaux, et des tripottées de lièvres. Or, un jour, notre chasseur, après avoir battu la campagne, rejoignait son logis accompagné de Finette qui gambadait joyeusement autour de lui. Alors qu'il passait sur le Grand Pont, une auto surgit cahin-caha dans un bruit de tonnerre. La petite chienne prit peur, fit un saut de côté et l'on vit l'infortuné animal plané dans le vide. Elle eut beau remué de la queue et les pattes, la chute était terrible. Pensez donc, à trente mètres en dessous, elle fut reçue sans douceur par les cailloux du Dorlay. Pèpère, affolé, se précipita dans les buissons, dévalant la pente, et dans un geste maternel prit dans ses bras la petite chienne toute meurtrie. Pleins de larmes derrière ses lunettes, le chasseur ramena Finette à la maison, la soigna si bien, que malgré deux jambes plâtrées, elle fut bientôt remise de sa chute, ce qui ramena le sourire sur les lèvres de Pèpère. En apprenant la nouvelle, tous les gens du quartier de La Bachasse vinrent voir la petite blessée, lui apportant douceurs et friandises, et une purge au patron, pour qu'il se remette de sa frayeur.

Mise en boîte

Grand chasseur et petit chien,
Attention ! Le danger vous guette
En passant le viaduc. Sachez bien
Que votre chien n'a pas de lunettes !

Musique : Pataud



Septième emplâtre

Le mineur, les lapins et le gourmand

Dans notre petit patelin,
Maître mineur élevait des lapins,
Les cajolait, les nourrissait de son mieux
Et les veillait comme la prunelle de ses yeux.
Son voisin, qui aimait mieux le vin que l'eau,
D'un oeil sournois guettait ces lapereaux.
Et notre mineur, les comptant tous les jours,
S'aperçut qu'ils disparaissaient tour à tour.
Serait-ce le renard ou mon rusé voisin
Qui ferait main basse sur mes petits lapins ?
Indigné et plein de colère,
Il alla chercher son propriétaire.
- "Viens avec moi !" dit maître Jean,
"Il doit m'en rester deux gris et cinq blancs !".
De partout ils eurent beau fouiller,
Les lapins s'étaient envolés.
Mais une odeur leur fit frémir les narines.
Ne serait-ce pas un lapin qui marine ?
- "J'ai compris !" dit Jean en levant le poing,
"C'est ce filou qui a commis le larcin !".
Et d'un pas décidé,
Il prévint la maréchaussée.
A la porte du voisin, les gendarmes arrivèrent.
Accompagnés du mineur, ils entrèrent.
Là, ils virent un spectacle édifiant.
Notre Tartarin dansait une bourrée
En chantant à tue-tête un refrain endiablé
Et tenant dans ses doigts un lapin pantelant.
- "Tenez !" dit-il aux pandores,
"Ces lapereaux valent de l'or !".
Mais un gendarme répliqua :
- "On n'achète pas la loi !"

Mise en garde

Si vous aimez la gibelotte,
Vous pourriez le regretter.
Car une paire de menottes
Conduit à la maison dorée !

Musique : La chasse



 Huitième gargarisme

Le canon de la faim et la fin des canons

Un dimanche soir vers neuf heures, les cafés étant fremés comme d'habitude, quelques assoiffés se retrouvèrent sur la place du village. Il y avait là, le président, l'adjudant, quelques Z3 et le garde comme de juste, qui tiraient des langues pâteuses devant les portes closes des estaminets. L'adjudant, charitable, eut une idée géniale.
- "Foi de pompier !" dit-il, "On ne peut aller se coucher sans éteindre le feu de nos gosiers ! Venez vite dans mon cellier, il y a des bouteilles cachetées !".
Il commanda :
- "Marche d'approche ! Colonne par un ! Pas de bruit ! Chut ! Ne reveillons pas l'ange qui dort !"
Arrivé à la cave, d'un geste souple, il s'empara d'une bouteille ventrue à l'étiquette savante. La décapsulant, il la tendit au président en disant :
- "A toi l'honneur ! Quand le vin est tiré, il faut le boire !"
Mais pour une fois le dicton fut faux. Un petit pas léger vint interrompre ces agapes.
- "Alerte !" s'écria l'adjudant, "Cacha-te, charcha-me, à patter ! Ouh ! Ouh !".
Une dame à la carrure imposante apparut sur le seuil de la porte.
"Soffle la lampe !" cria l'adjudant, "O n'y a la femme que nous avise !".
Hélas, il était trop tard. Tel un ouragan, elle commença à faire le nettoyage par le vide. Distribuant des calottes à tour de bras, telle une lavandière avec son battoir, elle éclaircit les Z3 et même le garde-champêtre dont le képi roula dans la poussière. Puis s'emparant de l'adjudant, d'une torniole bien placée, elle lui fit faire connaissance de la douceur des escaliers. La fête était finie. Seul le président avait échappé au massacre. Tous ses compères s'enfuirent le corgnolot en feu, les oreilles hurlantes. Etait-ce une manoeuvre du plan ORSEC ?

Recommandation

Si dans une cave vous êtes invité,
Un soir, à vous désaltérer,
Attention ! Prenez garde à vous,
Vous pourriez recevoir des coups !

Musique : Tout est tranquille



 Le texte qui suit est une chanson écrite sur le thème de la Quintaine, tradition plus que centenaire de Saint Paul en Jarez.

SAINT PAUL ET SA QUINTAINE

sur l'air de "La Paimpolaise"

1er Couplet

C'est à peu près au Moyen Âge
Que dans le temps il existait
Dans ce charmant petit village
Une certaine Dame en Jarez
Mangeant les enfants de tous ses manants.

1er Refrain

Jusqu'au jour où brisant leurs chaînes
Les vassaux se sont révoltés
S'emparant de leur suzeraine
L'ont jugée et exécutée.

2ème Couplet

Il faut vous dire que la Quintaine
Représente les cinq morceaux
De la cruelle châtelaine
Écartelée par des chevaux
Vengeant les enfants de tous les manants.

2ème Refrain

C'est Saint Paul, pays légendaire
Qui, fidèle à ses traditions,
Renouvelle chaque anniversaire
La Quintaine si chère aux Dindons.

3ème Couplet

Au pied d'la tour, selon l'usage
La Quintaine on a déposé
Entourée des jeunes du village
Et le discours va commencer
La fanfare aussi est de la partie.

3ème Refrain

Et les habitants de Saint Paul
Qui je crois aime s'amuser
Préfèrent la Quintaine comme idole
Qu'la gutiare à Johnny Halliday.


Sources :
  • Manuscrits originaux de la Quintaine de 1965
  • Edition du programme de la Quintaine de 1965


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